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Les témoignages d'entrepreneurs, ci-après, vous permettront d'éviter de nombreux écueils et vous aideront à améliorer l'organisation et le fonctionnement de votre entreprise.

1. Stratégie et croissance de la jeune entreprise : la trésorerie, les hommes, les acquisitions, l’intelligence économique et le lobbying.


2. Erreurs de parcours ou ... la solitude de l’entrepreneur

Article de Robert CONTRUCCI, DESS Contrôle de gestion et Audit (IAE Paris), extrait de la "Revue des diplômés de l'IAE" n° 163 - juin 2000 avec quelques réactualisations …




Stratégie et croissance de la jeune entreprise : la trésorerie, les hommes, les acquisitions, l’intelligence économique et le lobbying


Conférence du 15 mai 2002  par Jean-Claude BUSELLI, fondateur et P-DG de CRIL TECHNOLOGY


Présentation de l’intervenant

1. Conception du projet et création

2. Les 3 premières années : créer la relation client

3. La croissance : de nouveaux types de crise apparaissent
a) Les hommes, le recrutement
b) L’organisation
c) Les valeurs, la culture
d) Le financement de la croissance
e) Le choix de la croissance externe

4) L’activité dans l’entreprise
a) La R&D
b) La capitalisation du savoir-faire

Conclusion


Présentation de l’intervenant

Jean-Claude BUSELLI a travaillé pendant 17 ans chez CAP GEMINI où il occupait la fonction de DGA pendant les dernières années.
Beaucoup des cadres de CAP GEMINI sont devenus des entrepreneurs, car cette structure leur a permis de travailler dans un premier temps comme "
intrapreneur" avant de devenir  entrepreneur.

Cette expérience de l’"intrapreuneriat" est indispensable car elle permet au futur créateur de se connaître. L’intrapreneuriat peut être également favorisé par les stock options.

Jean-Claude BUSELLI  a fondé CRIL TECHNOLOGY, une SSII spécialisée dans la conception et la réalisation de logiciels destinés aux systèmes d'information, à la simulation, aux systèmes électroniques et aux télécoms. Ses principaux secteurs de marchés sont l'industrie aéronautique et spatiale, la défense, les transports et l'énergie, l'administration, la banque, les entreprises publiques et les télécoms.
Cette société emploie aujourd’hui 400 personnes et réalise un CA de 30M€.

CRIL TECHNOLOGY a créé deux "spin off" : CRIL TECHNOLOGY SOFTWARE à Boulogne et SAQQARA à San Diego (USA). 

Jean-Claude BUSELLI est également président du Comité Richelieu, association nationale des PME de haute technologie qui a pour vocation de soutenir le développement des PME innovantes par des actions de lobbying auprès des décideurs politiques et des grandes administrations (DGA, CNES, ESA, ...).

1. Conception du projet et création

Il faut une bonne idée et être convaincu que c’en est une.

Le créateur doit avoir une
volonté ferme, y croire : personne d’autre que le créateur n’est là pour défendre son idée. S’il n’y croit pas vraiment, il va à l’échec.

Il faut être prêt à
travailler énormément.

Le
business plan doit être cohérent. Le créateur doit savoir ce qu’il veut faire et avoir des idées de développement. Le business plan doit être bien bâti, même s’il n’est pas toujours respecté ...

La
stratégie doit répondre à une question : qu’est-ce que je veux faire ? A qui cela s'adresse ?

Il faut une
confiance solide et un peu de doute : le doute permet d’avancer et de réadapter la stratégie lorsque c’est nécessaire.

Le
capital est un élément essentiel: il est préférable d’avoir des soutiens financiers car le risque est plus grand quand on est tout seul.

2.  Les 3 premières années : créer la relation client

Il faut si possible démarrer son projet en ayant déjà quelques clients. Il est indispensable de se créer des clients de référence. Ensuite, le bouche à oreilles amènera de nouveau contacts.

On ne se forme pas au commerce , on est ou on n’est pas vendeur. La personne qui a cette fibre peut l’exploiter. Si le créateur n’a pas cette fibre, il est essentiel qu’il trouve une personne qui ait des compétences commerciales.

L’expérience acquise auprès des clients permet ensuite l’amélioration de l’offre.

Le commerce, la vente sont les nerfs de la guerre, le pivot de l’activité entrepreneuriale. Le chef d’entreprise doit passer tout son temps à la vente et faire le reste après. Le patron doit aller voir ses clients même s’il a surtout des compétences techniques. Il doit y aller avant de finaliser le contrat. Dans le cas de la prestation de service, il faut vendre avant de réaliser le produit.

Avant d’envoyer une proposition commerciale, il est nécessaire de faire une étude de rentabilité pour décider s’il faut accepter cette affaire ou pas. On sélectionne les projets. On ne prend pas d’affaires en dehors de ses compétences ...

Généralement 35% des propositions commerciales sont transformées en contrat.

Le ratio de dépenses pour décrocher une affaire doit être de 2 à 3%. Mais cela peut être supérieur si l’affaire est importante.

Le lobbying commercial doit être régulier : un contact entretenu avec le dirigeant d’une société à un moment donné va permettre de rebondir quand une opportunité se présentera pour en faire un client car le contact sera déjà établi.

On fait tout pour gagner : se poser la question de savoir : « qu’est-ce que l’on n’a pas encore fait pour convaincre ? ». Il ne faut rien laisser au hasard sur le plan commercial ou technique. 
Exemple. Bouygues, lorsqu’il présenta sa candidature à la reprise de TF1 avait prévu où il allait mettre le siège social de l’entreprise et avait même réalisé une maquette dudit siège pour convaincre le jury.

3.  La croissance : de nouveaux types de crise apparaissent

Lorsque la croissance arrive, l’entrepreneur doit savoir le nombre de personnes qu’il est capable de manager parfois 5, 10, 15, 100, 1000 personnes ; il faut savoir s’arrêter lorsque l’on atteint la limite, et vendre sa participation ou confier la direction à quelqu’un qui en a la capacité.

La croissance va générer de nouvelles préoccupations pour le fondateur.

a) Les hommes, le recrutement

S’entourer de personnes compétentes est essentiel. Les personnes compétentes sont peu nombreuses et le recrutement est un exercice difficile.

La technique suivante est assez efficace . On prend 3 avis sur le candidat et si une personne sur les 3 n’est pas convaincue, il vaut mieux ne pas recruter. Cela même si le besoin est pressant : mieux vaut un siège vide que mal occupé. 
Un contrôle de référence sur les candidats est indispensable.

b) L’organisation

La croissance oblige à prévoir des changements de niveau dans l’organisation. Jusqu’à 50/70 personnes il est possible de les manager directement ; au-delà, il est nécessaire d’avoir un directeur ayant la même vision que le créateur.

Une organisation est construite pour ne pas durer. Les gens s’installent dans la routine ; même si le changement est désagréable il permet la remotivation des troupes.

c) Les valeurs, la culture

C’est le créateur, puis le dirigeant qui, par son comportement, définit la culture et les valeurs de l’entreprise. Ces deux éléments sont très importants pour la vie de l’entreprise. Car c’est toujours à partir de cette culture et de ces valeurs que l’entreprise réagira. C’est à partir de ces valeur et de cette culture que l’entreprise trouvera ou, le cas échéant, ne trouvera pas les ressources pour agir ou pour réagir.

Le créateur doit montrer l’exemple : faire des notes de frais de manière régulière sans aucun passe droit, montrer une culture de la qualité, du travail bien fait.

La culture de l’entreprise créera un référentiel et permettra de corriger les dérives (par exemple trop se focaliser sur la technique et pas assez sur le commercial, ou encore oublier l’impératif de la rentabilité).

d) Le financement de la croissance

Certains secteurs nécessitent de forts besoins en capitaux. Le choix du mode de financement est important. Le financement de la croissance exige souvent que l’entreprise dispose de solides fonds propres.

Un « business angel » ou une banque d’affaires, impliqués dans l’entreprise et dans son développement, aident à prendre des contacts et à recruter, font bénéficier le créateur de leur expérience.

A cet égard, le comportement des financiers français ou américains est différent.
Les banques françaises ne prennent pas de risque, laissant les entreprises se débrouiller et n’acceptant pas les pertes ou les échecs.
Les financiers américains, quant à eux, s’impliquent dans l’entreprise financée. Cela toutefois s’explique par la rentabilité plus faible des entreprises en France : un échec est plus difficilement rattrapé par une réussite.

Par ailleurs, un créateur français supporte plus mal l’ingérence d’un tiers dans son entreprise qu’un entrepreneur américain.

Le financement de la croissance doit tenir compte du besoin en fonds de roulement. Si l’entreprise a une croissance de 20%, son besoin en fonds de roulement va aussi augmenter, et il faudra que les bénéfices réalisés l’année précédente permettent de financer ce besoin majoré pendant l’année de croissance.

Après un an de recherches, Jean-Claude BUSELLI a racheté une société en dépôt de bilan grâce à un bon contact avec administrateur judiciaire.
Il a apporté une caution d’ 1 million de francs, mais ensuite il a fallu financer le besoin en fonds de roulement car les délais de paiement sont très longs sur le marché du conseil, en particulier avec des groupes comme la DGA, EADS, etc. qui payent à 120 jours. L’argent est bloqué longtemps avant le paiement même s’il y a les intérêts moratoires et il faut également financer les projets pendant leurs études et leurs réalisations.

Pour résoudre cette situation, Jean-Claude BUSELLI a d’abord financé son besoin en fonds de roulement par une banque grâce à une relation, puis a utilisé le bordereau Dailly. Si les frais étaient  élevés au début, il a réussi à négocier une baisse. Ce système est  moins dangereux  que découvert bancaire où le banquier risque de rebondir sur un incident à un moment critique.
Puis sa  trésorerie est devenue suffisante pour financer le besoin en fonds de roulement.

e) Le choix de la croissance externe 

On doit d’abord répondre à la question : que veut-on faire de l’entreprise ?

Lors de l’examen des dossiers de reprise, il faut considérer les hommes en place et les cultures véhiculées ; sont-ils compatibles avec celles de l’entreprise ? 
Le mélange des cultures est difficile : il faut 2/3 ans pour digérer une intégration.

Il faut également se méfier des tricheurs. Par exemple, lors du rachat d’une entreprise, les contrats qui la valorisait étaient : « intuitu personae », c’est à dire passées avec la personne propriétaire de l’entreprise et ils ont été perdus avec le changement de propriétaire.

4.  L’activité dans l’entreprise

a) La R&D

La R&D permet de faire des nouveaux produits sur de nouveaux marchés.

L’entreprise a un savoir-faire. On peut étendre ce savoir-faire à sa périphérie proche. On peut élargir le cercle de ses compétences grâce à des partenaires : on confie la prestation à un partenaire qui maîtrise ce sujet et on apprend en travaillant avec lui : cela vaut mieux que d’essayer de faire seul et de patauger.

Compte tenu de son coût, il est souhaitable de faire la R&D avec des clients : une partie est financée par les clients et l’autre par l’entreprise. Cela implique que les relations avec les clients soient très bonnes.

b) La capitalisation du savoir-faire

Il est important pour améliorer la performance de l’entreprise de développer son savoir-faire. Il faut être capable de refaire ce qu’on a fait à un coût moindre. L’expertise de l’entreprise était et est encore la plupart du temps, capitalisée dans la mémoire de ses employés.

Aujourd’hui, du fait de la sophistication croissante des techniques, de l’instabilité des employés et de la nécessité de transmettre une expertise avec un produit, il est essentiel de rationaliser cette capitalisation et de la mettre sur d’autres supports que la mémoire humaine.

Exemple. La SNCF met en place une nouvelle ligne et sa mise en condition opérationnelle représente un coût très élevé. Si, lors des mises en service précédentes, on a pu établir une procédure, on réduit la durée et donc le coût de la mise en service, et on diminue le risque d’erreur.

Exemple : Usinor-Sacilor avait envoyé à la retraite les personnes qui pilotaient les fours. La production s’arrêta. Il a fallu rappeler les retraités puis capter leur savoir-faire.

Il est clair que cela s’applique à la réalisation de projet de service.

Conclusion

 On a souvent des problèmes d’organisation, de recrutement, de gestion des hommes, d’analyse de risque, mais la technique est rarement un problème.

Le lobbying politique n’est pas très utile sauf pour obtenir des subsides, c’est à dire s’associer à des sujet de recherche (français, européen, etc.).

La comptabilité analytique est indispensable : il faut savoir à quoi sert 1 euro dépensé, où je gagne et où je perds de l’argent car cela est nécessaire pour prendre les bonnes décisions.

 

 

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