Avec 10 millions d'internautes début 2000 et environ 50 000
noms de domaine .cn d'après la CNNIC*, la Chine se place en position favorable pour un
développement rapide des nouvelles technologies.
L'équivalent du yahoo chinois, sina.com vient de
rentrer au Nasdaq et représente aux yeux des chinois l'entrée dans une nouvelle
économie qui va révolutionner l'existence tant au niveau des mentalités que dans la vie
de tous les jours. Les abris-bus sont couverts de publicité portant sur des sites en
grande majorité chinois alors qu'à moins de 50 km les paysans tirent encore la charrue
à dos d'homme.
La fièvre des créations de start up a elle aussi frappé de
plein fouet les grandes villes de l'empire du milieu. A défaut des garages à
l'américaine, les jeunes "laoban" (patron) n'hésitent pas à aménager des
appartements ou des chambres d'hôtels en centre de développement de nouveaux portails ou
de sites commerciaux en tout genre. Ces jeunes patrons font partie de l'élite chinoise
qui ont eu cette chance de pouvoir s'échapper du système universitaire chinois qui aide
peu au développement d'esprit entreprenarial. Partis à l'âge de 18 ans grâce à leurs
parents fortunés, ils étudient corps et âme dans les prestigieuses universités
américaines. La plupart sort donc d'Harvard, de Stanford et du MIT et possède tout les
atouts pour séduire les sociétés de capital risque américaines qui veillent de près
au retour de ces futurs patrons dans leur pays d'origine. Ils sont bardés de diplômes,
certes, mais surtout possèdent des "guanxi" (relations) nécessaires au
développement d'accord d'exclusivité avec les principaux acteurs gouvernementaux. Dans
un pays ou tout contrat peut prendre plusieurs années, on peut comprendre que
l'Internet-temps joue un rôle primordial dans ces négociations.
C'est le cas du président d'Eachnet.com,
qui est revenu au mois de juin 1999 avec en poche un MBA d'Harvard, et après un arrêt
éclair chez les business angels de Los Angeles est venu s'installer à Shanghai. Son site
est aujourd'hui leader dans le domaine des enchères online avec déjà plus de 300 000
membres. Il doit faire face à de nombreux problèmes ; la Chine n'est pas encore prête
à se lancer dans le commerce électronique, quand la carte de crédit n'est pas utilisée
par la population chinoise et que le réseau de distribution reste vétuste.
Travelinchina.com,
qui a vu le jour en Août 1999, ne déroge pas à la règle, avec à sa tête un patron
d'origine chinoise qui a passé une dizaine années en Angleterre avec à la clef un Ph D.
Il décide de revenir en Chine pour le compte d'une start up dans le domaine des
télécommunications puis se lance dans l'aventure du net. Sa présence est indispensable
pour la connaissance qu'il possède au niveau des structures administratives afin de
rester en adéquation avec les autorités chinoises.
Cette start up développe une plate-forme de trading B to B pour l'achat de tour operators
aux agences de tourisme chinoises. Pour l'instant, elle est uniquement à caractère
informatif, avec la possibilité d'obtenir des informations concernant une vingtaine de
villes chinoises et plusieurs bases de données sur les hôtels, restaurants, bars...
L'éditeur est un journaliste au Financial Times et à The Economic, il habite depuis
quelques années en Chine et possède une connaissance approfondie du pays, primordiale
pour les relations à l'intérieur d'une entreprise.
Les étrangers jouent un rôle majeur pour la prise en charge des projets de start up, et
la fonction est loin d'être simple ; il faut gérer des équipes majoritairement
chinoises avec toutes les difficultés que cela peut représenter, tant au niveau de la
langue que de la culture. Le statut est loin de celui de l'expatrié, son salaire est
moindre, voire inexistant, et le logement relève d'un casse tête (Pékin est une des
villes les plus chères au monde) et il n'est pas rare de devoir changer tous les deux
mois d'appartement !
Les Occidentaux apportent aussi un atout supplémentaire pour attirer les Venture Capitals
qui auront plus confiance dans une équipe interculturelle qu'uniquement chinoise.
Quant aux embauches, il est déjà difficile de pourvoir les postes en France dans ce
domaine, il faut donc beaucoup de patience et de chance pour trouver une main d'uvre
expérimentée avec des capacités d'adaptation importantes et intégrant la langue
chinoise.
En Chine, il n'existe pas de centre de recrutement dans ce domaine et là aussi cela peut
devenir un vrai cauchemar pour les recruteurs à la recherche du programmeur idéal.
Actuellement à Pékin, un designer est payé entre 2000 et 2500F, un programmeur entre
3000 et 3500F et un responsable de projet jusqu'à 6000/7000F par mois (à comparer au
salaire moyen à Pékin : 1000F par mois). La bataille est si rude que les start up
doivent revoir les salaires à la hausse tous les 2 mois, en moyenne.
Les chances de réussite d'une start up en Chine comme ailleurs
résident dans la signature de contrat exclusivité avec d'importants partenaires
gouvernementaux. Malheureusement, la Chine possède un système archaïque qui ralentit la
mise en place des projets de Joint Venture. C'est un des freins majeurs au bon
développement d'Internet dans les prochaines années...
Le gouvernement n'a pas encore pris pleine mesure des
potentialités d'un tel marché en Chine et les discours des dirigeants du Ministère de
l'Information qualifient la partie obscure du droit Internet chinois de "grey
zone" et invitent les responsables de start up à profiter de cette situation
"peu claire" pour développer leur entreprise et échapper aux problèmes
administratifs avec le gouvernement chinois. Cela ressemble fort à la technique employée
10 ans auparavant pour séduire les investisseurs étrangers dans le domaine du off line
qui souhaitaient installer en Chine leur usines et qui aujourd'hui font les frais de cette
"zone d'ombre" en la payant à prix fort. La Chine a toujours réussi à imposer
des changements de son système législatif et sa façon de l'imposer est généralement
catégorique.
Méfions nous donc des retours de bâton possibles dans quelques années !
Nombreuses start up ont élu domicile à Hong Kong et montent
une Joint Venture sur la Grande Chine afin de résoudre les problèmes de salaire et de
location de bureau. Le sas Honk Kong est très utilisé aujourd'hui dans ce domaine pour
des raisons fiscales mais aussi pour les facilités d'entrée en bourse.
De plus, les étrangers peuvent facilement, sur présentation d'un carte de visite,
récupérer un visa business pour la Chine pour une période de six mois, et cela en un
temps record d'une journée !
La Chine possède tous les atouts pour réussir son entrée dans
la nouvelle économie, la patience et une connaissance des mentalités locales seront les
deux atouts essentiels pour une personne souhaitant se rendre et réussir dans l'Empire du
Milieu.
*CNNIC : China Internet Network Information Center
Olivier Mouroux
IAE Aix en provence, DESS Management et
Technologies de l'Information 1998
IAE de Lyon, Maitrise en Affaires
Internationales 1997
Travelinchina.com
Ltd, Partner and Project Director
mouroux@public.gb.com.cn